Expériences sur le budget participatif

Le Sénégal a une longue expérience de la décentralisation, car la création des premières communes urbaines remontes à la période coloniale. Toutefois, la décentralisation rurale est par contre plus récente, même si à ce niveau également le Sénégal fait figure de pionnier en Afrique francophone. Depuis 1972, plusieurs réformes ont été  initiées dans le but de renforcer le pouvoir des gouvernements locaux.

Mais aujourd’hui la mise en œuvre de la décentralisation en milieu rural souffre de plusieurs problèmes parmi lesquels le manque notoire de moyens pour les collectivités locales, le faible niveau de formation de la plupart des élus, la haute politisation des processus de sélection des élus et des décisions au sein des conseils, l’ignorance par la majorité des citoyens de leurs droits d’exercer un contrôle sur l’action de leurs mandants, etc.

Dans cette perspective, le RECODEF en partenariat avec l’ONG Innovation Environnement et Développement en Afrique (IED Afrique) a réalisé en 2002 un projet pilote de recherche action sur l’évaluation et le renforcement de la participation des populations dans le processus de développement local. L’initiative sur le budget participatif est un résultat de cette réflexion communautaire et un moyen pour une mise en œuvre opérationnelle des recommandations qui en sont issues. Elle s’est déroulée dans la période de 2003-2008. Le point de départ a été un constat fait par les populations sur leur faible participation dans les processus de décisions au niveau local, malgré les nombreuses structures d’appui intervenant dans le domaine de la décentralisation et ainsi que les programmes de renforcement des capacités des populations dans le domaine de la planification locale qu’ils ont initiés.

Cette première expérience du budget participatif au Sénégal a obtenus des résultats importants au niveau local. Les groupes sociaux qui étaient traditionnellement les moins impliquées (les femmes et les jeunes en particulier) dans les processus de prise de décisions au niveau local, ont affirmé que grâce au budget participatif, ils comprennent mieux le processus de planification locale et sentent qu’ils ont une certaine influence dans la manière dont les ressources locales sont allouées. Un aspect important du processus est donc sa contribution dans le renforcement des capacités des populations. Grâce à ces formations, certains animateurs sont même devenus des personnes ressources pour d’autres structures et programmes intervenant dans la zone.

La participation des populations dans le processus de décentralisation s’est améliorée, impactant positivement sur l’image de l’élu local, sur le taux de recouvrement des taxes rurales, avec de mécanisme appropriés pour contrôler son utilisation. La pertinence des choix des types d’infrastructures et la prise en compte des besoins exprimés par les femmes apparaissent désormais parmi les premières priorités des plans d’investissement. Cette participation a permis l’établissement d’une relation de confiance plus forte entre le conseil rural et les organisations communautaires de base intervenant dans la zone autour de différents programmes relatifs aux compétences transférées comme la gestion des ressources naturelles, la santé, l’éducation ou la culture …etc. En effet, même si les différents forums villageois ou communautaires ont été organisés dans le cadre du budget participatif, ils offrent également l’occasion aux différents acteurs de discuter des autres programmes en cours dans la communauté rurale.

Dans la perspective d’une dissémination de cette initiative de gouvernance locale dans les trois autres collectivités de sa zone d’intervention, le RECODEF envisage une  contractualisation de l’engagement des conseils municipaux à participer au processus pratique et surtout à faire de l’application du budget participatif une option politique. Le processus d’accompagnement doit être inscrit dans la durée (voire 2 à 3 ans) avant que la collectivité s’approprie du système et inscrire chaque année dans son budget les moyens nécessaires à sa poursuite. Cependant, cette période de mise en place du budget participatif demande des moyens financiers, très souvent hors portés des collectivités locales et des organisations qui assurent l’animation, le renforcement des capacités et le suivi accompagnement de la mise en œuvre.

C’est dans ce cadre que le RECODEF cherche des partenariats pour entreprendre des actions de démultiplication sur la base de l’expertise obtenue à partir de cette expérience et d’autres de même nature, en vue d’intégrer ses mécanismes et outils de contrôle citoyen dans la gestion des ressources publiques au niveau local.