Champ collectif

Le champ collectif est une stratégie de lutte contre la soudure au profit des familles les plus démunies. Il est communautaire et regroupe l’ensemble des membres d’un groupement de village, d’une famille groupant plusieurs ménages et/ou  d’une caisse de solidarité. Son objectif est de constituer un stock communautaire de prévoyance au profit des familles en rupture de céréales avant les prochaines récoltes.

En milieu rural, la famille regroupe parfois plusieurs ménages. Ceux-ci sont liés par l’histoire, ils partagent généralement le même aïeul qui possédait les terres qu’ils cultivent aujourd’hui. Chaque ménage dispose donc d’une partie de ces terres, mais d’un commun accord, ils décidaient de réserver une surface pour l’exploiter ensemble. La production de ce champ collectif était stockée et gérée par la doyenne des femmes. Elle n’était utilisée que pendant la prochaine saison hivernale. Au fil des années, les choses ont changé avec l’explosion démographique, la faiblesse des rendements et les changements alimentaires. Ceci entraîna un affaiblissement progressif de la solidarité ente familiales.

Dans un milieu où les gens dépendent essentiellement des revenus agricoles pour manger alors que les terres cultivables diminuent à cause des nouveaux besoins, la revalorisation de cette solidarité d’antan devient un enjeu afin de réduire la période de soudure dans les villages et hameaux.

Cela constitue la motivation du RECODEF à sensibiliser les populations sur les avantages du champ collectif pour une sécurité alimentaire des familles. En collaboration avec plusieurs acteurs locaux, chefs des familles, leaders paysans, autorités locales et administratives, le RECODEF a lancé le débat sur le champ collectif comme stratégie de lutte contre l’insécurité alimentaire.

A cet effet, des ateliers communautaires  d’informations et de sensibilisation regroupant ces différents types d’acteurs sont réalisés dans les communes de Fissel, Ndiaganiao et Ndondol. Des rencontres du genre sont aussi tenues au niveau des caisses et de certaines grandes familles. Des demandes d’affectation des terres des champs sont élaborées et négociées auprès des conseils municipaux.

Les champs collectifs contribuent à l’accroissement de la production agricole, surtout vivrière pour les groupes cibles de RECODEF. Ces derniers n’ont plus besoin de perdre du temps ou de parcourir de grandes distances pour trouver des céréales après la rupture de leurs stocks. Ce gain de temps et d’énergie  favorise l’augmentation du temps de travail dans les champs pour un bon entretien des cultures. Le champ collectif préserve la dignité des avec l’accès confidentiel aux produits.

La stratégie des champs collectifs, bien que pertinente, rencontre des difficultés pour atteindre les objectifs escomptés. Un des problèmes les plus lancinants est l’accès insécurisé à la terre : Les paysans sont obligés d’emprunter annuellement des terres à des propriétaires terriens différents. Etant ainsi très dépendant de ces propriétaires de terres, ils doivent en permanence négocier la terre pour chaque campagne. En plus, les terres que les propriétaires sont prêts à donner sont souvent pauvres ou difficiles à cultiver, soit presque incultes. Le deuxième problème qui se pose est la question du stockage des récoltes. Les villageois ne disposent en général pas d’un grenier commun et sont ainsi obligé de trouver des solutions alternatives, qui occasionnent des pertes souvent importantes. Dans la majeure partie des cas, le stockage se fait dans des cases ou enclos empruntés dans les concessions, à la merci des insectes, des ravageurs, des termites et autres animaux domestiques.

En perspective, les activités de lobbying seront intensifiées en vue de faire pression sur les autorités locales (déconcentrées comme décentralisées) au niveau local et régional pour sécuriser cette stratégie importante. Un de partenariat est sollicité pour la construction de magasins villageois en vue de sécuriser les produits.